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Sainteté et réforme de l’Eglise dans le contexte d’aujourd‘hui - don Paul Préaux


Don Paul Préaux, modérateur général de la Communauté saint Martin

La Solennité de la Toussaint nous donne l’occasion de parler de sainteté. Etre saint comme Dieu est saint est notre finalité, la sainteté est le but de notre vie.


A- Qu’est-ce que la sainteté de Dieu ?


1. Sainteté de Dieu le Père

La sainteté est la réalité positive, intérieure à Dieu, qui le fait Tout autre. Elle est l’essence de la divinité, la désignation la plus intérieure de l’être de Dieu.

Catéchisme de l’Eglise catholique 2809 : La sainteté de Dieu est le foyer inaccessible de son mystère éternel.


Mais qu’on ne s’y méprenne pas : désignation n’est pas définition. Dire de Dieu qu’il est saint, n’est pas l’enserrer dans un concept précis, ce n’est pas non plus le réduire à l’objet d’une catégorie bien déterminée de l’Esprit. Dire de Dieu qu’il est saint, c’est indiquer et reconnaître la richesse intérieure qui fait de lui le Sans-pareil. Nous qualifions son inaccessibilité comme une différence par plénitude et par totalité de valeur, mais nous ne montrons pas en quoi consiste la plénitude. Le concept de sainteté est un concept ouvert, c’est le mystère insondable de Dieu, au-delà de ce que nous pouvons nous représenter, une vie au-delà de nos représentations.


Le terme sainteté est un des mots les plus fréquemment employés dans l’ancien testament mais son sens primitif est inconnu et sa signification précise assez difficile à déterminer. Le terme hébreu est qadoch : séparation, distinction, altérité. La sainteté implique une séparation : il s’agit d’une séparation du péché. La sainteté est liée à la sacralité, c’est la même racine : sacré, saint, même idée de séparation.


La sainteté de Dieu est d’abord ce qui le met à part, au-delà de tout, celui qui ne peut être vu, celui dont le nom ne peut être prononcé. L’expérience de base est la théophanie, l’apparition du Dieu tout-puissant, tel que « nul ne peut le voir et demeurer en vie » (Ex 33, 20). « Je suis perdu » s’écrie Isaïe, et il fait écho à toute une tradition de voyants. « Qui peut subsister devant Yahvé, ce Dieu saint ? » (1 Samuel 6, 20). Dieu étant infiniment séparé de tout ce qui est commun, impur et profane, est le saint par excellence (Job 6, 10 – Is 90, 25). Il est trois fois saint (Isaïe 6, 3 ; Ap 4, 8).


2. Le Fils est le saint de Dieu.

Une étonnante profession de foi des démons a lieu. Les esprits mauvais que Jésus affronte le reconnaissent : « Je sais qui tu es : le Saint de Dieu », crie le premier possédé que Jésus guérit (Marc 1, 24). Cela se passe dans la synagogue de Capharnaüm, c’est le début de la proclamation de l’Évangile. D’une autre manière, c’est en des termes semblables que Pierre proclame l’identité de celui qui peut nourrir des foules et dont les paroles promettent la vie éternelle : « Nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 69). Enfin, après la Pentecôte, c’est dans le Temple – très exactement au portique de Salomon – que l’auteur des Actes fait dire à Pierre qui s’adresse au peuple « Vous avez refusé le Saint et le Juste » (Ac 3, 14).


On retrouve cette idée, spécialement dans l’évangile selon saint Jean, dans les notions de consécration et de sanctification que le Christ s’applique à lui-même et à ses disciples.

Jean 10, 36 : « Or, celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous lui dites : “Tu blasphèmes”, parce que j’ai dit : “Je suis le Fils de Dieu.” »

Jn 17, 17-19 : « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »


3. L’Esprit Saint vient habiter au plus profond de nous-mêmes

Cette vie, cet amour nous sont communiqués par l’Esprit, qui est justement l’Esprit Saint. Le terme saint dans le nouveau testament quand il est appliqué à Dieu est presque toujours rapporté à son Esprit.


Ro 5, 5 : « L’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». L’Esprit, c’est le don de Dieu, ou mieux encore, c’est Dieu en tant qu’Il se fait don. C’est lui qui nous fait entrer dans la vie divine. Dieu est plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. Par lui, Dieu nous est rendu présent, intérieur.


Prière eucharistique IV : « L’Esprit Saint qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification ».

Saint Pierre reprend la formule du Lévitique mais avec une nouvelle plénitude : « De même que celui qui vous a appelés est saint, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit : Vous serez saints parce que moi je suis saint » (1 Pi 1, 15). Les chrétiens sont saints de la sainteté même de Dieu dont ils possèdent la vie.


4. Les saints de Dieu

1 Co 1, 1-3 : « Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, leur Seigneur et le nôtre. À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ».

1 Co 6, 11 : « vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous êtes devenus des justes, au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu. »

Eph 1, 5 : « C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ. »

Eph 2, 19 : « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu. »


La sainteté c’est accueillir l’amitié divine, donnée au plus profond de notre cœur. La réponse au Dieu trois fois saint est et sera toujours celle du Christ : « Alors, j’ai dit : Voici je viens pour faire ô Dieu ta volonté » (Ps 40, 79, cité par He 10, 7) et celle de Notre-Dame : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 37). Le tremblement devant le Dieu très saint est devenu le dépouillement intérieur, l’esprit de pauvreté, la confiance sans limites, l’abandon.


B- Dans quelle mesure peut-on parler de la sainteté de l’Eglise ?

Extrait du texte du Concile Vatican II, dernier concile oecuménique, Lumen gentium, chap 7, num 49 sur la sainteté de l’Eglise et num 48

Malgré le contexte actuel, l’Eglise est l’Eglise des saints. Lors de la solennité de la Toussaint, nous fêtons les saints canonisés, dont les vertus sont reconnues par l’Eglise, mais également l’ensemble de tous ceux qui sont au Ciel, parmi lesquels il y a certainement des membres de nos familles. D’autres ne sont pas canonisés sur terre, les saints anonymes, frères et sœurs vivant également dans la Gloire de Dieu.


L’Eglise est Une en trois états :

-L’Eglise militante, c’est nous, qui marchons et qui avons déjà reçu l’Esprit Saint par la grâce du Baptême

-L’Eglise purifiante, ce sont les âmes du Purgatoire qui reçoivent l’Esprit-Saint qui va les purifier. Ce lieu est l’invention de la Miséricorde de Dieu qui guérit et purifie.

-L’Eglise triomphante, ce sont tous les saints au Ciel, embrasés par le feu de Dieu.

Citation de l’Evangile du jour, dimanche 31 octobre, 31e dim du TO, Aimer Dieu par-dessus tout


Parfois nous mettons des réalités créées avant Dieu, des rancoeurs persistent, des pardons ne sont pas donnés. La sainteté est une propriété, autrefois appelée une note, c’est une caractéristique de l’Eglise catholique. C’est l’unique Eglise du Christ qui est sainte, elle est l’épouse de celui qui est l’unique époux. Elle est sainte car elle est pour une part divine. Le Christ est la tête, nous sommes ses membres, certains sont au Ciel, proches de Jésus, d’autres sont encore au Purgatoire et enfin nous qui sommes en marche vers le Ciel. Certaines âmes sur la terre peuvent être plus élevées que celles du Purgatoire, la mesure, c’est la charité. Le Christ est au cœur de son Eglise, Il n’est pas en surplomb, le principe d’unité de l’Eglise est Père, Fils et Esprit-Saint.


L’Eglise est sainte par son origine, par sa vie présente et par sa destinée

L’Eglise n’est pas seulement une association de personnes qui se rassemblent dans les églises parce qu’elles ont le même Dieu Jésus-Christ, ce serait avoir une vision uniquement sociologique, mais dans son origine, l’Eglise vit de la vie de Dieu Père, Fils et Esprit-Saint, c’est pour cela qu’on la dit sainte. A la consommation des siècles, lorsque le Christ reviendra, nous serons tous appelés, dans notre âme mais aussi dans notre corps, à participer à la vie de Dieu. Il y aura l’unité parfaite de l’Eglise dans le Christ. En ce moment, même les saints du Ciel, à part Marie, sont encore dans l’espérance du retour glorieux de Jésus afin de retrouver leur corps glorieux.

Toute l’Eglise est en espérance mais de manière différente selon que l’on est au Ciel, au Purgatoire ou sur terre.


L’Eglise est sainte par sa vie

Exhortation apostolique du Pape François, Gaudete et exultate, Sainteté au quotidien dans les circonstances actuelles :

Le Pape parle de la sainteté de la porte d’à côté, de ceux que l’on côtoie tous les jours, pas seulement celle des vertus héroïques reconnues. J’espère que cette fête de la Toussaint vous donnera un grand désir de faire un pas de plus. Le Pape parle d’ailleurs beaucoup de cette pédagogie du pas à pas, nous sommes des pèlerins sur terre. Le Christ est là vivant, les saints sont présents comme des frères aînés, ils vivent une charité fraternelle avec nous, nous encouragent sur le chemin. Les âmes qui sont au Purgatoire ne se désintéressent pas de nous, prions-les spécialement en ce 2 novembre, elles se souviendront de nous. La sainteté est faite pour nous.


Catéchisme de l’Eglise catholique, num 958


Par notre prière, il y a une circulation d’Amour entre les saints du Ciel, ceux qui sont sûrs d’être sauvés mais encore en purification et nous qui sommes en marche. Si nous faiblissons, levons notre regard vers le Ciel.

Quel que soit notre milieu, notre origine, notre capacité intellectuelle, nous sommes tous appelés à la même finalité : voir Dieu face à face.


Gaudete et exultate, num 7-9 :

J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, ‘‘la classe moyenne de la sainteté’’.

Laissons-nous encourager par les signes de sainteté que le Seigneur nous offre à travers les membres les plus humbles de ce peuple qui « participe aussi de la fonction prophétique du Christ ; il répand son vivant témoignage avant tout par une vie de foi et de charité ». Pensons, comme nous le suggère sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, que par l’intermédiaire de beaucoup d’entre eux se construit la vraie histoire : « Dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grandes figures de prophètes et de saints. Mais le courant de la vie mystique qui façonne les âmes reste en grande partie invisible. Certaines âmes dont aucun livre d’histoire ne fait mention, ont une influence déterminante aux tournants décisifs de l’histoire universelle. Ce n’est qu’au jour où tout ce qui est caché sera manifesté que nous découvrirons aussi à quelles âmes nous sommes redevables des tournants décisifs de notre vie personnelle ». La sainteté est le visage le plus beau de l’Église.

Récit du témoignage d’une femme de 97 ans qui remplissait une belle mission d’écoute de tout le corps médical dans son EPHAD.


La sainteté est la perfection de la charité dans l’ordinaire de nos vies, nul besoin donc de faire des actes extraordinaires, il suffit d’être présent au Christ qui est là et de laisser l’Esprit-Saint nous guider, quel que soit notre âge, notre état, notre condition, nous devons être le réceptacle de l’Esprit-Saint, discerner ce qu’Il attend de nous dès aujourd’hui.


C- Une Eglise sainte composée d’hommes pécheurs

En chaque homme se trouvent des zones d’ombre qui persistent. Il y a certains péchés dont il est difficile de se débarrasser même en les confessant régulièrement.

Sans doute insuffisant de s’en tenir à la formule « Une Église sainte composée de pécheurs », cela donne l’impression d’un tour de passe-passe qui ne rend pas compte du scandale du péché. L’Église est sainte, l’Église est composée de pécheurs, mais l’Église est aussi blessée par le péché, défigurée par le péché et elle peut rendre un contre-témoignage.

Benoît XVI, Lettre aux catholiques d’Irlande, 2010, à propos des scandales de pédocriminalité : « ont assombri la lumière de l’Évangile à un degré que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre ».

Détour historique par la crise donatiste au IVe siècle

Donat, qui occupe le siège de Cartages, était un homme très exigeant, il voulait une Eglise de purs, de saints.

Cf crise des « lapsi » : Tous ceux qui n’étaient pas assez saints, n’étaient pas dignes d’être dans l’Eglise. Il disait que les sacrements donnés par des prêtres qui n’étaient pas purs et saints, n’étaient pas valides.

Saint Augustin s’oppose à cette vision qui n‘est pas la foi de l’Eglise.

Cf Traité théologique anti donatiste de saint Augustin, Mixité de l’Eglise sur la terre

Dans le corps de l’Eglise vivent les justes et les pécheurs. La frontière du mal traverse le cœur de chacun d’entre nous.


Textes commentés par saint Augustin :

1/ Parabole de l’ivraie et du bon grain :

Mt 13,30 : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.

Mt 13, 40-43 : De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende !


2/ Parabole du filet :

Mt 13, 47-50 : Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »


3/ Scandale :

Mt 18, 6-7 : Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. Malheureux le monde à cause des scandales ! Il est inévitable qu’arrivent les scandales ; cependant, malheureux celui par qui le scandale arrive !


Lettre du Pape Benoit XVI, 19 mars 2010, écrite aux chrétiens catholiques d’Irlande où il dénonce le mal commis par le prêtre et redit tout son cœur de Père pour les victimes aujourd’hui !

Ce n’est pas l’Eglise qu’il faut dénoncer mais ses loups, qui n’ont pas été suffisamment convertis, muselés pour pouvoir dénoncer le mal qui s’est fait.


LG 14 : L’incorporation à l’Église, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien « de corps » au sein de l’Église, mais pas « de cœur». Tous les fils de l’Église doivent d’ailleurs se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce particulière du Christ ; s’ils n’y correspondent pas par la pensée, la parole et l’action, ce n’est pas le salut qu’elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement.


Une Église sainte mais blessée par le péché

Benoît XVI, Lettre aux catholiques d’Irlande, 5 : « à réfléchir sur les blessures infligées au Corps du Christ, sur les remèdes, parfois douloureux, nécessaires pour les panser et les guérir, et sur le besoin d’unité, de charité et d’aide réciproque dans le long processus de reprise et de renouveau ecclésial. »


N. 6. C’est dans la communion de l’Église que nous rencontrons la personne de Jésus- Christ, lui-même victime de l’injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. Il comprend la profondeur de votre peine et la persistance de son effet dans vos vies et dans vos relations avec les autres, y compris vos relations avec l’Église […]. Toutefois, les blessures mêmes du Christ, transformées par ses souffrances rédemptrices, sont les instruments grâce auxquels le pouvoir du mal s’est brisé et nous renaissons à la vie et à l’espérance. Je crois fermement dans le pouvoir de guérison de son amour sacrificiel - également dans les situations les plus sombres et sans espérance - qui apporte la libération et la promesse d’un nouveau départ.


D- Les saints, vrais réformateurs de l’Eglise : 10 peurs, 10 saints !

Dans la communion des saints, canonisés et non canonisés, que l’Eglise vit grâce au Christ dans tous ses membres, nous jouissons de leur présence et de leur compagnie et nous cultivons la ferme espérance de pouvoir imiter leur chemin et partager un jour la même vie bienheureuse, la vie éternelle.

Les saints ont toujours provoqué des révolutions culturelles, ils sont vecteurs des vrais changements parce qu’ils sont les vrais missionnaires !


Ce n’est pas un retour sur le passé, ni une recherche archéologique, mais l’accueil de notre tradition spirituelle. En effet, les saints ne sont pas seulement des figures auréolées du passé, mais des frères et sœurs qui continuent d’intercéder pour nous, de désirer notre sanctification et de nous flécher le chemin afin de nous éviter bien des égarements. « Oui nous avons une multitude de frères et sœurs invisibles, affirmait le cardinal DANNEELS, mais bien vivants et réels, plus réels et vivants que nous-mêmes. Soyons réalistes et regardons les choses en face. Le Seigneur doit guérir notre œil pour que nous soyons capables de regarder au-delà de l’horizon du visible, car l’Eglise est beaucoup plus grande qu’elle ne paraît. Oui, elle vit enracinée dans l’histoire et les pieds sur terre ; mais sa tête est ailleurs : dans la monde de l’Invisible ».


Chacun des saints que nous allons côtoyer, nous éclairera sur un point de notre vie chrétienne et spirituelle, en gardant en perspective que se mettre à leur école, c’est chercher plus à imiter leur attitude spirituelle et leur audace apostolique que leur vie en tant que telle, puisque les contextes historiques sont différents et que nos vies sont uniques aux yeux de Dieu. Il ne s’agit pas de refaire exactement ce qu’ils ont vécu, mais plutôt d’adopter leurs attitudes spirituelles face aux problèmes qu’ils ont rencontrés. L’histoire de la sainteté n’est ni étrangère, ni extérieure à nous-mêmes. C’est bien notre histoire. Les saints nous rappellent que la sainteté est possible et qu’elle n’est pas réservée à une élite. Tout baptisé, parce qu’il porte en lui la grâce de sainteté, doit s’efforcer de faire fructifier cette grâce pour qu’elle s’épanouisse en gerbe.


Au début de leur pontificat, Jean-Paul Il et Benoit XVI proclamaient: "N'ayez pas peur, ouvrez toutes grandes vos portes au Christ !" Aujourd’hui le Pape François nous dit : « n’ayez pas peur de sortir vers les périphéries existentielles pour annoncer le Christ ». Maintenant, je comprends. Notre vie chrétienne et notre témoignage sont minés par la peur. Je voudrais en énumérer dix formes et vous proposer pour chacune d'elle un médecin, un saint, qui a vaincu cette peur.


1. La peur d'être contemplatif, d’être un homme de prière. Souvent nous nous défions de l'invisible. Nous avons peur de nous faire des illusions, de miser sur la foi. Le seul moyen de nous familiariser avec l'invisible, c'est la prière. Maintenant qu'on ne brûle plus beaucoup de bougies devant les saints, on les met dans des citrouilles... Le saint qui peut guérir de la peur de tout miser sur Dieu, c’est Elie. Sur le Mont Carmel, alors qu’il se trouve seul devant les 450 prophètes de Baal, que l'autel du sacrifice est trempé, il risque tout pour Dieu. Il le prie d'envoyer le feu sur l'autel et le feu consume tout. Marie a encore été bien plus loin en acceptant de croire au message de l'ange et en son Fils. Elle a vécu totalement dans le monde de l'invisible.

2. La peur d'être logique avec sa foi, d'aller trop loin ; la peur d'être trop radical : "Jusqu'à un certain point, mais pas trop !" entend-on souvent ! La peur du radicalisme, la peur de se perdre. Nous avons une peur bleue de nous perdre, d'être ridicules. Quand nous voulons nous désolidariser de quelqu'un qui s'engage à fond, nous disons: "II exagère !" Nous n'aimons pas de toutes nos forces, mais comme "des gens honnêtes", avec rationalité. Nous avons peur d'aller loin dans la charité. Beaucoup de saints ont été très loin dans ce domaine. Celui qui peut nous guérir de cette peur, c'est François d'Assise. Il prend tout à la lettre : rebâtir l'Eglise, aimer le lépreux jusqu'à l'embrasser, renoncer à ses biens jusqu'à jeter ses vêtements... Quand il commence, il ne s'arrête plus, il va jusqu'au bout. Comme aussi Maximilien Kolbe qui, parmi les condamnés d'Auschwitz, prit la place d'un père de famille; le Père Damien qui refusa d'abandonner les lépreux de Molokai, comme les martyrs de tous les âges et de tous les temps ont pardonné à leurs bourreaux..


3. La peur de vivre l’instant présent ! Oui, ce que Dieu nous demande c’est de vivre la grâce de l’instant présent, sans nostalgie du passé, sans fuite illusoire dans un futur hypothétique. Bien sûr que nous devons être des hommes et des femmes ouverts à notre héritage, et prévoyant pour l’avenir, mais la meilleure façon de le faire c’est de nous ouvrir au don de Dieu au quotidien. Un saint peut vraiment nous y aider c’est Saint Joseph ! Il a obéi sans hésitation ni délai aux inspirations du Seigneur et a conduit la sainte Famille sur des chemins de paix.


4. La peur de croire en la parole de Dieu, d'y entrer de tout son être. Nous admirons la Bible à distance. "C'est beau, mais ce n'est pas praticable. Jésus a sûrement exagéré pour qu'on fasse au moins quelque chose." Dans la pratique, nous mettons partout des bémols, nous baissons le ton. Nous soumettons toute parole de Dieu à l'épreuve de plausibilité. Ceux qui nous délivrent de la peur de prendre l'Evangile à la lettre, c'est encore François d'Assise, mais aussi Edith Stein, qui par la lecture de la Bible a franchi le pas de la conversion. Toute juive qu'elle était, elle n'a pas dit : "le Nouveau Testament, c'est beau mais il faut l'interpréter à partir de l'Ancien". Non, elle a eu foi en la parole de Jésus et en sa nouveauté.


5. La peur de l'humilité des sacrements. Quelques gouttes d'eau, un peu de pain, un signe de croix pour absoudre tous les péchés. Les rites sacramentels sont d'une telle pauvreté que cela frise la misère, celle de Dieu sur la paille de Bethléem. Et pourtant, à travers ces rites s'accomplissent les plus grands mystères. Nos sacrements n'ont aucun effet constatable : après le baptême, l'eucharistie... C'est troublant dans une société ou tout doit être vérifié. Celle qui peut nous guérir de la peur de croire au caractère invisible de la grâce, c'est Bernadette, l’humble voyante de Lourdes. Elle disait : « ce sont les poids qui font marcher l’horloge » !


6. La peur de notre fragilité intérieure et morale. Nous avons conscience de notre faiblesse. "Comment Dieu peut-il faire son oeuvre avec moi ? S'il te plaît, Seigneur, prends un autre ! Je suis incapable de devenir un saint." Le Tentateur est toujours là pour en rajouter: "Si tu penses que Dieu a besoin de toi parmi cette multitude d'hommes et de femmes dans le monde et dans l'histoire !" Celle qui peut nous guérir de cette démobilisation, c'est Thérèse de Lisieux, avec sa "petite voie" : être comme un enfant qui, après avoir escaladé trois marches, tend les bras et dit "Prends-moi !", prendre l'ascenseur et se laisser emporter dans les bras du Seigneur. S'il y a bien une chose dans laquelle on ne peut jamais exagérer, c'est la confiance.


7. La peur d'aimer l'Eglise et de s'identifier avec elle. Beaucoup se désolidarisent quand quelque chose ne va pas dans l'Eglise: " Je suis chrétien, mais pas de ce club-là ! Le Christ, oui ; l'Eglise, non". Quand le pape fait de bonnes choses, je suis de son club. Quand il dit "autre chose", je n'ai rien à voir avec cela ! Il Je veux bien être chrétien, mais pas catholique". Nous avons peur de croire dans la réalité mystique de l'Eglise comme corps du Christ dont nous sommes membres les uns les autres. L'Eglise est devenue une sorte d'Unesco à but spirituel, une organisation dont on peut allègrement se passer. Celle qui peut nous guérir de cette incrédulité, c'est Catherine de Sienne. Elle est la sainte qui a le plus aimé l'Eglise. Et, à l'époque, elle avait beaucoup plus de défauts qu'aujourd'hui ! Actuellement, à la moindre critique, nous en décrochons.


8. La peur de dire qu'on est chrétien, la peur de parler… Nous sommes comme les apôtres avant la Pentecôte. Il nous manque la "parresia ", le courage de parler, la force et l’audace de l'Esprit pour délier nos langues et annoncer la foi. Une foi non exprimée, c'est comme des fleurs de pommier. C'est beau mais on ne peut pas s'en nourrir. Une foi qui ne donne pas de fruits n'est tout simplement pas mûre. Celui qui nous guérit de cette immaturité, c'est saint Paul. "J'ai cru, dit-il, c'est pourquoi j'ai parlé". Dans sa fameuse vision de Corinthe, Il s’entend dire : « Sois sans crainte. Continue de parler, ne te tais pas, car je suis avec toi, personne ne mettra sur toi la main pour te faire du mal, parce que j’ai à moi un peuple nombreux dans cette ville » (Ac 18, 9-10). Nous, bien souvent, nous disons: "Je parle, s'ils m'écoutent" ou "Je ne parle pas parce qu'ils ne croient pas quand je leur parle" !


9. La peur de prendre la foi comme inspiration dans le domaine public. La peur que celle-ci ait un certain retentissement dans la culture, la politique... C'est l'inverse de l'Islam. Nous donnons à cette peur une justification théorique: le pluralisme. Mais, si les chrétiens se cachent entièrement, il n'y aura plus de pluralisme. Seulement des athées. Celui qui peut nous affranchir de cette peur, c'est Thomas More. Je ne demande pas que les lois consacrent la chrétienté mais au moins qu'elles soient justes. Les lois injustes ne sont pas des lois, elles finiront par étouffer l’homme, et monter les hommes les uns contre les autres.


10. La peur de faire des choix, de prendre des décisions. Le fait de remettre toujours à plus tard pour ne pas perdre sa vie. C'est la frousse du jeune homme riche, qui en devient tout triste. "Tomorrow, tomorrow", comme dit la chanson, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lendemain du tout. Charles de Foucauld a bien connu cette peur. Il hésita pendant des années à se convertir, jusqu'au moment où l'abbé Huvelin lui enjoignit de se mettre à genoux et de se confesser. Il se convertit et le doute institutionnalisé fut vaincu.


Face à cet appel si exigeant, il nous arrive de baisser les bras parce que nous voyons notre péché, nos limites, notre faiblesse ; mais aussi parce que nous comptons trop sur nos propres forces et oublions la richesse de la miséricorde. « La sainteté, dit Thérèse d’Avila, c’est de tomber et de se relever ». Le mot important, c’est de se relever. Un chrétien ne peut pas désespérer de la miséricorde de son Père. Nous portons en nous le désir de la sainteté, parce que le Père l’a mis au fond de notre cœur. Et si le Père suscite en nous ce désir, en même temps il nous donne les moyens de le réaliser. Peut-être faut-il alors réveiller ce désir que tout baptisé porte en lui ? Il ne s’agit pas de séparer notre vie quotidienne de notre vie intérieure comme si la sainteté était une façon de s’évader au Ciel. La sainteté est bien enracinée dans nos vies ; elle se vit chaque jour, le plus souvent de manière ordinaire, sans vision ni extase, sans acte héroïque.

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